Savez-vous manger français ?

Manger. Voilà une activité qui occupe pas mal d’esprits. Manger sain, manger sucré, salé, gras, beaucoup ou rien du tout… oui c’est dans tous les esprits. C’est aussi dans la culture ! Et s’il y a bien quelque chose que j’ai compris, depuis le bout du monde, c’est que quand il s’agit de manger les français sont ceux qui ont poussé le plus loin. Oui on aime tellement manger que s’en est presque devenu un rite sacré : le saint moment du repas. Vous ne me croyez pas ? J’ai des preuves !

En France, un repas de famille normal, c’est tout le monde, les plus vieux comme les plus jeunes, à table en même temps. Entrée, plat, laitage et dessert. Un fruit souvent et une baguette de pain. En sortant de table, pourquoi ne pas grignoter un petit carré de chocolat une tasse de thé ou de café à la main ?

Au Japon, un repas en famille normal, c’est quelqu’un qui cuisine à l’assiette et les convives qui mangent au fur et à mesure que leurs plats arrivent. On ne s’attend pas, pas même cette gentille personne qui vous a cuisiné une belle assiette et qui va commencer à manger quand vous aurez déjà fini. Et quand c’est fini c’est fini, pas de générique de fin avec un petit morceau de chocolat.

Dessert japonais.

Vous voyez le contraste, et encore il n’y a pas qu’au Japon que c’est comme ça. D’après ce que j’ai pu voir lors de voyages antérieurs en Allemagne, au Royaume Unis ou aux Etats Unis, on aime manger mais pas la peine d’en faire tout un plat. On mange parce qu’on a envie de manger, mais pas vraiment pour ce plaisir d’avoir envie de prendre un repas. La cérémonie du repas, au final, c’est très latin comme idée, à tel point que la culture gastronomique française est souvent confondue avec la culture gastronomique espagnole ou italienne. Sacrilège ? Oh vous savez, vu depuis le Japon on n’est pas si différents que ça.

Mais alors pourquoi vous raconter tout ça ? Et bien, il semblerait bien que notre amour de la bonne bouffe soit assez unique. Unique mais pas inintéressant. Il faut bien l’admettre : quel français aime manger tous les jours la même chose ? Si à la cantine un plat revient toutes les semaines (hors frites) les élèves ne sont pas contents. Si maman sert pour la troisième fois de la semaine son Tupperware de soupe aux poireaux, on est un peu malheureux. Il existe assez de recettes pour varier tous les jours, toutes les semaines les menus. Même le malheureux étudiant armé de sa seule plaque chauffante et d’une poêle qui attache va faire tout son possible pour manger un truc bon, un truc qui change d’hier. Résultat ? Même si on ne s’en rend pas compte, la cuisine française est extrêmement variée, et riche en saveurs. Même le gâteau au chocolat que votre petite cousine vient de faire est un véritable chef d’œuvre, la preuve que manger c’est une passion qui nous prends très tôt.

Pub Nestlé en France

Si nous n’avons pas l’impression d’en faire des tonnes, nos lointains voisins eux ont une vision spéciale de nous. Attendre quelqu’un pour ne pas le laisser manger seul ?  Très bizarre pour un japonais. Prêt à marcher pendant plus d’une heure en plein soleil pour aller s’acheter un paquet de chocolats ? Un français en manque oui, un japonais… jamais ! Mais même si notre gourmandise est presque un trait de personnalité, elle est largement appréciée. Car si ces ventres à pattes que nous sommes aiment quelque chose c’est une vraie reconnaissance pour le cuisiner étranger.

Mais surtout, si on aime tant manger, c’est sans doute que ce qu’on mange est bon. Et le simple fait que nous soyons presque tous des gourmands notoires est en soi une sacrée publicité pour notre cuisine.  Et voilà pourquoi la cuisine française se vend si bien. On vend non seulement quelque chose à manger, mais on vend aussi cette image de la gourmandise, du repas sacré, et de la qualité. Car un vrai gourmand préfère encore ne rien manger que de manger mal. Aller dans une enseigne française c’est se faire un plaisir, parce que c’est ça la nourriture en France après tout : c’est un plaisir.

Et le goût dans tout ça ? Et bien le goût vient bien après les clichés. D’ailleurs bon nombre d’échoppes soi-disant françaises au Japon, vendent des produits qui ressemblent vaguement à des plats français. Souvent on a des mélanges pas très traditionnels, comme un plat français que j’ai commandé un midi à Tokyo composé de pates à la carbonara et un pain au bleu et au miel nommé pizza. Oui oui oui français. Du moment que ça n’a pas l’air japonais, dire que c’est français fait vendre.

Mais quand le goût est là, on passe dans la cours des grands. Qu’on se le dise, la nourriture japonaise est bonne. Mais elle est subtile. Très très subtile. Pleine de petites saveurs en arrière-plan, impossible à saisir pour mon palais Franc-Comtois habitué aux torrents d’odeurs et aux saveurs fortes. Ou sinon comme diraient certains de mes compatriotes français : c’est fade. Alors oui un bon plat bien typique, comme ceux de mamie le dimanche midi, c’est une vraie bombe atomique culinaire. Des saveurs fortes qui bousculent les habitudes. Et ça marche, non je dirai même plus, ça a un succès monstrueux ! Les japonais aiment notre cuisine, ils adorent nos desserts, et maintenant que la folie du vin est passée sur la planète Japon, le fromage est le nouveau chic.

Boutique Gontran Cherrier, Tokyo

Alors français, vous voyez ce qu’il vous reste à faire ? Allez faire découvrir vos spécialités aux japonais, ils n’attendent que ça. Sortez vos plus beaux fromages, vos vins et vos recettes de vos régions partez à la conquête de l’Asie. La demande est énorme, c’est le moment de se lancer.

Publicités